Revenu universel via Sans Emploi de Raphaël Liogier

2018-08-22  |   |  economy   francais  

On m'a recommandé de lire le livre Sans Emploi - Condition de l’homme postindustriel de Raphaël Liogier pour comprendre la notion de revenu universel. De pensée économique plutôt classique, j'ai du mal à comprendre comment ce modèle peut fonctionner. Sans fixation des prix des biens de consommation bien sur ;)

Liogier amène les arguments en faveur du revenu universel, notamment pour lui permettant la libération des besoins et l'élimination du besoin d'un droit du travail (on n'est pas obligé de travailler rappelez vous donc pas besoin d'être protégé). Son revenu universel est relativement élevé car il couvre tous les besoins de vie (logement, nourriture, téléphone etc). Ce qui n'est pas couvert sont les coûts liés au désir de comparaison aux autres (appartement sur grand ou bien placé, voiture qui tape à l'œil etc) Sa thèse principale est que l'automatisation va bouffer tous les emplois donc autant s'y préparer. Et l'uberisation (au sens de maximisation de l'utilisation de ressource e.g. la voiture), le mode participatif, la blockchain etc c'est l'avenir.

J'ai beaucoup de mal avec les justifications de l'auteur sur la viabilité du revenu universel et pourquoi la société et l'économie serait prête. Pour lui, on entre dans une économie d'abondance (après l'économie de rareté) où les besoins de nécessité et de conforts sont à coût marginal zéro et donc la subsistance est aussi à coût marginal zéro. Seuls les objets nous rendant unique et satisfaisant notre désir d'être ont des prix s'envolant sans rapport avec leur coût de production (œuvre d'art, appartement dans un lieu huppé, voiture de sport etc).

Mouaip. On voit les tensions sur les matières premières et de premières nécessités qui prouvent le contraire du coup marginal zéro. D'autre part il n'est pas clair comment la définition de la valeur du revenu minimum sera définie. Comme l'ancien SMIC au clientellisme / attentisme ? Comment différencier les coûts de vie de la région parisienne vs une autre région moins tendue niveau logement ? Peut-être en disant que la personne n'est pas obligée de vivre en région parisienne car pas besoin de travailler ? Manger bio est-il un besoin de base et donc inclut dans le revenu universel ? Au niveau économique, il y a peu d'arguments ou des arguments faibles pour expliquer les impacts sur les prix d'un revenu minimal systématique. Cette partie du bouquin m'a laissé non convaincu ou du moins aussi septique sur la façon de l'appliquer malgré les accents dithyrambiques.

Cependant, sa thèse de l'économie d'abondance et surtout du désir d'être est particulièrement intéressante et bien capturée.

Pour subventionner ce modèle, il propose d'éliminer tous les impôts dont l'impôt sur le revenu et n'en garder que deux.

  • la TVA à but de guidage de politiques sociétales (favoriser l'écologie, les produits de premières nécessité au detriment des produits de luxe). En circuit fermé c'est à dire en zéro sum game ou en tous cas s'en approchant (certains taux de TVA étant négatifs). J'ai peu d'avis si ce n'est que des produits dit de luxe aujourd'hui taxés à 20% ou plus sont en fait des produits nécessaire à vivre (pétrole, téléphone portable). Pourquoi cet ajustement n'est pas fait dès maintenant ?
  • une taxe fortement progressive sur le capital global (immeuble, placements, meubles, voitures, actions, et toute autre possession)

L'idée de la taxe globale sur le capital est de pousser l'utilisation improductive et rentière du capital et de le taxer fortement. Cela forcera les rentiers "improductifs" à vendre et libérer ce capital à des personnes plus productives. Un modèle Picketty aux stéroïdes. A noter que dû à la forte progressivité de l'impôt, cela ne sera pas plus productif en absolu mais plus productif en comparaison de leur niveau relatif d'imposition. Donc injuste ? L'argument de l'auteur est qu'au niveau des hyper fortunes, l'utilisation du dollars supplémentaire pour son désir d'être est effectivement nul si ce n'est d'amasser pour l'envie d'amasser. Et donc que cette réduction du capital n'est pas très coûteuse pour la société. En fait, le contrat sociétal dit que l'on peut avoir plein de capital tant que l'on est marginalement plus productif avec que le taux marginal d'imposition de sa tranche. Je n'ai beaucoup réfléchi mais je pense que cette approche peut avoir des effets de distorsion à étudier. Par exemple, une personne, au lieu d'accumuler des Ferrarri, serait tenté de passer tout son argent dans un plaisir éphémère ne générant pas de capital (restaurants, sports et autres loisirs, etc). Cette consommation de l'instant aurait tendance à ne pas favoriser l'accumulation de capital et défavoriser l'innovation. L'auteur amènerait le crowdfunding comme solution je pense et le fait que construire fait partie du désir d'être et donc l'enrichissement n'est pas la seule motivation ni la principale. Les effets de distorsion du modèle actuel existent aussi donc rien n'est rédhibitoire. Ce modèle est fortement social mais à des avantages intéressants. C'est la partie du livre qui m'a le plus challengé et intéressé.

Le modèle reste difficilement applicable en l'état par un seul pays dû à la concurrence mondiale. La fuite de capital et d'investissement serai la sanction immédiate. Même si l'Europe s'y mettait en bloc ce qui est peu probable, quid des réactions de l'OMC sur la taxation des entreprises entrant sur le marché de l'UE et donc devant se plier à ce système ? Quel serait l'impact sur le niveau de vie des européens (fuite de capitaux) ? De toutes façons, pour l'instant, l'UE n'est pas prête politiquement à un tel alignement. L'autre impact c'est que les gros investisseurs disparaissent. Parce que la taxation à deux chiffres en pourcentage (xx%) de la tranche marginale de capital n'incite pas à l'effort supplémentaire (trop risqué). Donc des initiatives du type serial entrepreneur ou business angel deviennent moins fréquentes ? A noter que les entreprises sont impactées de la même manière puisque les propriétaires sont in fine taxés sur leur capital et donc la valeur de la société.

Bref, je n'ai pas trouvé ce que je recherchais dans ce livre mais je vous recommande tout de même de le lire pour ses thèses sur la société d'abondance, le désir d'être et sur la taxation sur le capital global comme unique impôt (avec la TVA). Si vous avez des livres ou études qui poussent les simulations sur le revenu universel et ou la taxation du capital global (notamment simulations économiques), je suis intéressé. Celles que j'ai vu s'arrêtent très vite aux questions difficiles.


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